Aller au contenu principal

Articles Tagués ‘cerveau’

La méditation validée par les neurosciences.

Par Paul Molga, in Les Echos

Inspirées de la pratique des moines bouddhistes, les techniques méditatives agissent sur le fonctionnement et même sur la structure du cerveau, selon de nouvelles études.

Jusqu’à présent, le bénéfice de la méditation sur le vieillissement avait seulement été suggéré par certains travaux de la Nobel de médecine Elizabeth Blackburn. Une large étude américaine, conduite par l’université californienne de Davis sur 100 individus âgés de 24 à 77 ans, vient de fournir un nouvel argument à cette thèse. Révélée par l’imagerie par résonance magnétique (IRM), l’anatomie comparée du cerveau de la moitié d’entre eux pratiquant régulièrement cette discipline a clairement montré une moindre altération de la matière grise que dans l’autre groupe, étranger à la pratique. Selon les auteurs de l’étude, l’intensité de la méditation stimulerait les dendrites (le prolongement filamenteux des neurones servant à conduire l’influx nerveux) et les synapses (la connexion des neurones entre eux). Cette puissante sollicitation cérébrale agirait également sur le stress, délétère pour les cellules. L’équipe a montré que trois mois intensifs de méditation affectaient significativement l’activité des télomérases, enzymes essentielles à la protection contre le vieillissement cellulaire.

En dépit des apparences, yeux clos et position placide, la méditation n’a rien d’une détente. « C’est même tout le contraire qui se produit dans le cerveau », explique le docteur Jean-Gérard Bloch, qui a inauguré il y a trois ans un diplôme « médecine, méditation et neurosciences » à la faculté de médecine de Strasbourg. Il s’agit pour le sujet de se concentrer sur sa « météo intérieure » : les émotions, sensations et pensées qui circulent librement dans son esprit. L’exercice consiste à focaliser son attention sur un objet – sa respiration, une partie de son corps… – sans se laisser distraire par ses pensées ou des stimuli extérieurs. Comme c’est impossible, même pour les pratiquants les mieux entraînés, l’esprit est plus éveillé que jamais pour dompter ce vagabondage cérébral et ramener l’attention sur l’objet de la concentration.

Mieux gérer ses émotions

Pendant cette activité, le cerveau s’échauffe. Sous l’œil d’un IRM fonctionnel, une équipe de l’université Emory d’Atlanta a mis en évidence qu’il sollicitait successivement quatre réseaux neuronaux liés à l’attention : d’abord le cortex sensoriel et moteur, puis le cortex antérieur, puis les régions pariétales, pour finir par le cortex préfrontal, et ainsi de suite pendant toute la durée de la séance. La répétition de ce cycle n’est pas sans conséquences. « Nous avons montré que des exercices intensifs de méditation permettaient de soutenir l’attention et d’améliorer la vigilance cérébrale », explique Antoine Lutz, du Centre Inserm de neurosciences de Lyon, l’un des premiers à avoir mené des travaux d’imagerie sur le cerveau de moines bouddhistes comme Matthieu Ricard. Avec ses collègues de l’université du Wisconsin, il a mis en évidence que le cerveau des méditants expérimentés était capable de traiter des stimuli deux fois plus rapprochés (moins de 300 millisecondes) qu’un cerveau de novice, qui reste le plus souvent scotché à la première sollicitation.

En poussant plus loin leurs investigations, les chercheurs ont découvert que la méditation permettait également de mieux gérer ses émotions, une capacité qui manque aux dépressifs. A l’université de Toronto, des psychologues ont fait pratiquer pendant plusieurs mois des exercices de pleine conscience à des patients qui avaient connu au moins trois dépressions. « Le risque de rechute a été réduit de près de 40 % et certains praticiens considèrent aujourd’hui que ce traitement est au moins aussi efficace qu’une camisole chimique », rapporte Antoine Lutz.

Car les scientifiques savent désormais mieux ce qui se produit : dans un article publié en 2013 par « Frontiers in Human Neuroscience », Catherine Kerr, chercheuse à l’université de Providence, explique le rôle d’aiguilleur joué par le thalamus, une structure centrale du cerveau réceptrice des sensations corporelles, dans la distribution de ses informations au cortex : « Le thalamus transmet les sensations en adressant à la zone correspondante du cortex des impulsions électriques – les ondes alpha – dont la fréquence varie en fonction de l’intensité de la perception. Quand l’esprit se concentre sur une partie du corps, les ondes baissent sur la zone cible et la sensation augmente alors que, partout ailleurs, les ondes alpha augmentent et les sensations baissent. » On peut ainsi apprendre à atténuer la douleur ou à gérer des pensées morbides, comme c’est déjà le cas dans plus de 200 hôpitaux américains.

Compenser la fonte de la matière grise

La nouvelle étude des chercheurs américains sur les changements structurels induits par la méditation suit une série démarrée en 2005 avec les travaux de Sarah Lazar, du Massachusetts General Hospital de Boston. Elle avait alors remarqué que le tissu cérébral du cortex préfrontal gauche impliqué dans les processus émotionnels s’épaississait chez les pratiquants assidus, au point de compenser chez certains la fonte de la matière grise due au vieillissement. Plus récemment, ses travaux ont également montré chez ceux qui méditent un développement plus important de l’hippocampe (qui joue un rôle de premier plan dans la mémorisation, l’apprentissage, la vigilance et l’adaptation à son environnement), et au contraire un rétrécissement de l’amygdale (qui gère les émotions, en particulier nos réactions de peur et d’anxiété).

Certaines études suggèrent aussi que la méditation ne modifie pas seulement le cerveau, mais agit aussi sur la santé cardiovasculaire, la tension artérielle, l’immunité et même notre génome. Une étude d’Herbert Benson, de l’hôpital général du Massachusetts, a ainsi analysé le profil d’expression des gènes de 26 adultes avant et après une formation à la méditation. Son constat a créé la stupéfaction lors du dernier symposium de « sciences contemplatives » : en quelques semaines d’exercice, l’expression des gènes associés à la sécrétion d’insuline et aux mécanismes d’inflammation a significativement augmenté en même temps que la production de monoxyde d’azote, un gaz vasodilatateur bénéfique au rythme cardiaque.

Stress : Mais pourquoi est-il si contagieux ? Cette étude explique comment le stress est contagieux : c’est-à-dire comment le stress de l’autre va jusqu’à modifier notre cerveau au niveau cellulaire, de manière similaire à notre propre stress.

Cette étude de l’Université de Calgary (Canada) explique comment le stress est contagieux : c’est-à-dire comment le stress de l’autre va jusqu’à modifier notre cerveau au niveau cellulaire, de manière similaire à notre propre stress. Ces travaux, menés chez l’animal, montrent également une moindre sensibilité des femelles aux effets du stress de l’autre.

Alors que les changements cérébraux associés au stress peuvent déclencher de nombreuses maladies mentales, dont le syndrome de stress post-traumatique (SSPT), les troubles anxieux et la dépression, cette « idée » que le stress peut être « contagieux » incite à regarder si une exposition au stress de l’autre a également des effets durables sur le cerveau.

L’équipe étudie ici les effets du stress chez des paires de souris mâles ou femelles. Une souris de chaque paire est exposée à un léger stress puis est renvoyée à son partenaire. Les chercheurs examinent ensuite les réponses d’une population spécifique de cellules, les neurones CRH qui contrôlent la réponse du cerveau au stress, chez chaque souris et constatent que les réseaux dans le cerveau de la souris stressée et les réseaux dans le cerveau du partenaire sont modifiés de la même manière. Ainsi, les neurones CRH des partenaires, qui n’ont pas été exposés à un stress réel, présentent des changements identiques aux neurones des souris directement soumises au stress.

Activer les neurones « du stress » de l’un, active les neurones « du stress » de l’autre : par optogénétique, les chercheurs peuvent activer ou éteindre ces neurones « du stress ». Lorsque l’équipe éteint ces neurones pendant le stress, ils empêchent les changements dans le cerveau « normalement » liés au stress. Lorsqu’ils éteignent ces mêmes neurones chez le partenaire lors de son interaction avec son partenaire stressé, le stress n’est pas non plus transféré au partenaire. Lorsqu’ils activent ces neurones même en l’absence de stress chez la souris, à la fois la souris stressée et son partenaire présentent les changements associés à un stress réel.

Le stress contagieux, mais par quel processus ? Ces neurones CRH « du stress » libèrent un signal chimique, une sorte de « phéromone d’alarme », qui alerte le partenaire. Le partenaire qui détecte le signal peut à son tour alerter d’autres membres du groupe. Cette propagation de signaux de stress révèle ainsi un mécanisme clé pour la transmission de l’information.

Les femelles amortissent mieux le stress : ainsi, chez les souris femelles non exposées, l’effet du stress du partenaire est à terme réduit de moitié. Le même phénomène n’est pas constaté chez les mâles.

Des résultats qui pourraient s’appliquer aux humains, concluent les auteurs : « Nous communiquons facilement notre stress aux autres, parfois sans même le savoir, et il est même prouvé que certains symptômes de stress peuvent persister dans la famille et les proches des personnes souffrant du SSPT ».

Source : Nature Neuroscience 2018


Comment l’exercice physique booste nos capacités mentales, Par Elena Sender

Mémoire, cognition, humeur : l’exercice physique optimise les performances et la santé mentales. De nouvelles études montrent que l’augmentation du taux d’endorphines n’est plus la seule explication.

Cet article est extrait du mensuel Sciences et Avenir.

CERVEAU. 65 % des Français pratiquent une activité sportive au moins une fois par semaine, pour être en forme, se dépasser, perdre du poids, se muscler ou encore évacuer le stress. Aujourd’hui, une motivation supplémentaire vient s’ajouter à la liste. L’exercice physique transforme aussi le cerveau ! À preuve, les résultats d’une étude finlandaise, publiée par l’université de Jyväskylä en mars. Sur dix paires de jumeaux masculins adultes, âgés de 32 à 36 ans, celui des jumeaux qui a fait le plus d’activités physiques durant les trois années précédentes possède un plus large volume de matière grise (corps cellulaires et synapses) dans deux structures cérébrales cruciales, le striatum (impliqué dans les mouvements volontaires et la gestion de la douleur) et le cortex préfrontal (le « PDG » de notre cerveau).

Bien avant cette découverte, on savait déjà que le sport avait un impact sur notre tête. Tous ceux qui font de l’exercice l’ont déjà ressenti. Après un entraînement, bien que fatigué, on se sent détendu et de meilleure humeur. « L’action bénéfique est immédiate, on parle d’effet aigu », note le professeur Charles-Yannick Guezennec, ancien professeur à l’hôpital du Val-de-Grâce, médecin du sport à l’hôpital de Perpignan, dont les recherches ont porté sur l’endocrinologie et la neurochimie de la fatigue chez les sportifs de haut niveau. Mais il y a mieux : « Lorsque l’entraînement est régulier, un autre effet, chronique celui-là,s’installe, menant à une amélioration générale et durable de notre mental. »

Moins d’anxiété, moins de déprimes et de névroses.

Une vaste étude de l’Université libre d’Amsterdam (Pays-Bas), remontant à 2006, était déjà très éclairante sur ce point.

19.288 sujets, de l’adolescence à l’âge adulte, avaient été suivis pendant onze ans. Résultat, ceux qui pratiquaient au moins 60 minutes d’exercice par semaine étaient en moyenne moins anxieux, moins déprimés, moins névrosés, plus extravertis et recherchaient des sensations plus intenses que les non-pratiquants. « C’est un fait avéré, l’activité musculaire influe sur la neurochimie cérébrale et probablement, en conséquence, sur le comportement », poursuit le spécialiste.

La tête et les jambes sont donc bien liées par quelque mécanisme secret.

Oui mais lequel ?

La première hypothèse date des années 1980, après l’observation de l’effet antidépresseur de la course à pied. On attribue alors le phénomène à une augmentation du taux sanguin d’endorphines, des neuromédiateurs opiacés endogènes, aux propriétés analgésiques et euphorisantes. On se demande même si certains sportifs ne deviendraient pas dépendants à cette morphine naturelle ! En 2008, une étude en imagerie cérébrale de l’université de Munich (Allemagne) montre chez dix athlètes que certaines zones du cerveau fixent bien les opioïdes pendant l’effort. Mais cette théorie accuse des faiblesses.

« Lorsqu’on administre un antagoniste des endorphines, la naloxone, on ne modifie pas le comportement du sportif », explique Charles-Yannick Guezennec. Il y aurait donc d’autres processus en jeu. Tout d’abord, la sécrétion — lors d’une activité physique — de monoamines (adrénaline, noradrénaline, dopamine), et de cortisol (l’hormone du stress), qui engendrent une stimulation générale et une sensation d’euphorie. Aujourd’hui, une autre hypothèse est privilégiée, celle dite « de l’axe sérotoninergique, explique le médecin. La contraction musculaire engendrerait, au bout d’un certain temps, un afflux d’acides aminés (tryptophane) qui favoriserait la synthèse de sérotonine dans le cerveau, un neuromodulateur impliqué dans plusieurs fonctions dont la régulation de l’humeur ».

L’effet anti-dépresseur du sport.

L’activité musculaire prolongée entraîne une libération de tryptophane (acide aminé) par le muscle (1) et le foie (2). Traversant la barrière hémato-encéphalique, qui protège le cerveau, le tryptophane va favoriser la synthèse de sérotonine (3), essentielle dans la régulation de l’humeur, de l’anxiété, de l’appétit et du sommeil.

Plus les sujets ont fait de l’exercice, meilleure sera leur mémoire.

Grâce à tous ces mécanismes conjugués, l’exercice sportif joue un rôle stimulant, antidépresseur et antidouleur. Mais pas seulement. Des études montrent qu’il améliore également la mémoire. En 2003, l’équipe de Marcus Richards, de l’University College de Londres (Royaume-Uni), examine le lien entre activité physique et mémoire chez 1919 adultes. Leur niveau d’activité physique est évalué à l’âge de 36 ans, puis leur mémoire verbale à 43 et 53 ans. Conclusion : plus les sujets ont fait de l’exercice à 36 ans, meilleure est leur mémoire en milieu de vie ! L’effet peut être plus immédiat encore.

En 2014, l’équipe de Lisa Weinberg du Georgia Institute of Technology (Etats-Unis) a demandé à des étudiants de mémoriser 90 photos, puis de pratiquer un exercice de musculation des jambes — tandis qu’un groupe témoin  restait assis. Deux jours plus tard, les étudiants devaient reconnaître le plus d’images possible sur un lot de 180. Surprise, le groupe entraîné a su en reconnaître 60 %, 10 % de plus que les témoins…

Le sport a-t-il donc un impact sur les performances scolaires ?

« Oui ! », affirme Martine Duclos, chef du service médecine du sport du CHU de Clermont-Ferrand. La chercheuse, qui est en train d’analyser le devenir de 13000 adolescents français de 15 à 19 ans, a constaté « une corrélation positive entre leur condition physique et la catégorie de lycée dans lequel ils étaient (général, professionnel, agricole). » En 2013, une étude de l’université de Dundee en Écosse qui a suivi 4755 adolescents à 11, 13 et 16 ans montrait déjà que le niveau d’activité physique modérée avait un impact positif sur les performances en anglais, mathématiques et sciences.

« Il faut réhabiliter le muscle », assène Martine Duclos. Et le médecin d’évoquer un phénomène d’action directe sur les neurones, au moins chez la souris : « L’activité musculaire entraîne la production de myokines, des protéines qui, par un mécanisme complexe, vont pousser le cerveau à produire des facteurs de croissance, des neurotrophines et plus particulièrement le BDNF (brain-derived neurotrophic factor). » Chez la souris, le BDNF intervient dans la formation des circuits neuronaux et comme régulateur important de la plasticité synaptique. Il favorise la création de microvaisseaux (angiogenèse) et la production de nouveaux neurones (neurogenèse).

30 minutes d’activité par jour pour un adulte.

« En résumé plus l’activité musculaire est élevée, plus l’angiogenèse et la neurogenèse sont importantes, plus on a de connexions synaptiques et donc meilleures sont les capacités cognitives », explique Martine Duclos. Reste à le prouver chez l’homme. Et de nombreuses questions ne sont pas résolues : l’effet bénéfique s’arrête-t-il quand l’entraînement cesse ? À quel niveau situer l’activité physique pour en tirer le meilleur parti ?

En l’absence de tests spécifiques, les spécialistes citent les recommandations officielles pour la santé générale : une heure par jour d’activité modérée à intense pour les enfants, 30 minutes d’activité modérée cinq fois par semaine pour un adulte ou un adolescent. Plus d’hésitation : pour le bien-être de notre tête, chaussons nos baskets.

Cerveau de l’ado


Cerveau de l’ado : Malbouffe et boissons énergisantes perturbent aussi son développement. La malbouffe prépare le cerveau à l’addiction : une autre étude de l’Université de Melbourne réserve le même sort à la malbouffe, définie comme une alimentation appétissante, addictive mais nutritionnellement pauvre. Non seulement la malbouffe est néfaste pour le poids et le métabolisme, mais aussi pour le cerveau des adolescents.

Par Birth Defects Research

Les boissons énergisantes et la  » junk food  » pourraient au même titre que l’alcool autres substances entraîner des risques bien particuliers pour le cerveau des adolescents. Cette édition spéciale de la revue Birth Defects Research, consacrée aux facteurs de risques sanitaires spécifiques à l’adolescence, une fenêtre sensible du développement cérébral, plaide aussi pour la pratique de l’exercice, qui pourrait,  » à elle-seule  » prévenir les effets à long terme de ces expositions indésirables.

La taurine perturbe l’apprentissage : une équipe de la Northern Kentucky University dénonce non seulement l’augmentation de la consommation de boissons énergisantes chez les jeunes, des boissons souvent mélangées à de l’alcool mais aussi les effets de ces boissons sur le développement du cerveau. Cette revue de la littérature, et principalement d’études menées sur l’animal révèle aussi le manque de données sur les effets de la consommation élevée de boissons énergisantes à ce moment critique du développement du cerveau. Sont rappelés des données sur les souris  » adolescentes  » exposées à des niveaux élevés de taurine qui présentent des déficits d’apprentissage, des troubles de la mémoire et une propension plus marquée à consommer de l’alcool.

La malbouffe prépare le cerveau à l’addiction : une autre étude de l’Université de Melbourne réserve le même sort à la malbouffe, définie comme une alimentation appétissante, addictive mais nutritionnellement pauvre. Non seulement la malbouffe est néfaste pour le poids et le métabolisme, mais aussi pour le cerveau des adolescents : les principaux neurotransmetteurs responsables de l’inhibition et de la récompense sont toujours en cours de développement pendant l’adolescence et la malbouffe impacte ainsi, non seulement les habitudes alimentaires mais aussi la prise de décision et le comportement de recherche de récompense.


Finalement le sport ou l’exercice apparaissent comme les meilleurs garde-fous
contre ces expositions, à travers 2 autres études, qui montrent que non seulement les jeunes ne font pas assez d’exercice mais que l’exercice peut prévenir les effets à long terme de ces facteurs indésirables.

SPIRITUALITÉ: La transcendance procure aussi sa récompense. L’amour, le sexe, la nourriture, le jeu, les drogues, la musique et …les cadeaux peuvent induire l’activation du circuit de la récompense. Les expériences spirituelles aussi. C’est ce que confirme cette étude. Ce sont aussi les premières conclusions d’étude du Religious Brain Project, un projet passionnant qui vise à comprendre comment le cerveau opère chez les sujets habités par de profondes croyances spirituelles et religieuses. 

L’amour, le sexe, la nourriture, le jeu, les drogues, la musique et …les cadeaux peuvent induire l’activation du circuit de la récompense. Les expériences spirituelles aussi. C’est ce que confirme cette étude de l’Université de l’Utah, menée par imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) auprès d’un groupe de mormons dévots. Des conclusions présentées dans la revue Social Neuroscience qui nous éclairent sur la neuroscience des pratiques spirituelles occidentales et, avant les Fêtes de Noël, réhabilitent, s’il le fallait et pour le bien-être aussi, la spiritualité. 
Car les expériences religieuses et spirituelles activent les circuits de récompense du cerveau de la même manière que certains biens ou expériences « plus matérielles », montrent ces recherches qui exploitent les dernières technologies d’imagerie cérébrale. Les chercheurs de l’Utah ont cherché à déterminer quels réseaux du cerveau sont impliqués dans la représentation des sentiments spirituels dans un groupe, ici de mormons dévots, en créant un environnement propice à un sentiment de paix et de proximité avec Dieu. Les auteurs précisent que c’est sur la base même de ces sentiments que les mormons vont prendre leurs « grandes » décisions de vie. 
19 participants mormons, jeunes adultes, 12 hommes et 7 femmes ont été invités à exécuter plusieurs tâches en réponse à des stimuli destinés à les plonger dans leur spiritualité : l’expérience a duré 1 heure, dont, 6mn de repos, 6 mn de vidéo détaillant les statistiques d’adhésion de leur église, 8 mn de préceptes mormons et religieux, 8 mn de lecture de textes religieux, 12 minutes de stimuli audiovisuels par vidéo composée de scènes familiales et bibliques et 8 autres mn de citations. Au cours de la première partie de l’expérience, les participants ont écouté une série de citations, chacune suivie de la question « Sentez-vous l’esprit ? » Les participants répondaient par « pas du tout » à « oui, très fort ». 

Tous les participants ou presque :

– ont rapporté éprouver des sentiments typiques d’un service de culte intense,

– ont décrit un sentiment de paix et une sensation de chaleur

– beaucoup étaient en larmes à la fin de l’expérience. 
Lors de la seconde phase de l’expérience, les participants étaient invités à appuyer sur un bouton lorsqu’ils ressentaient « un pic de spiritualité ». 

Via scanners, les chercheurs observent que :

ces pics de spiritualité sont associés et de façon reproductible à l’activation du noyau accumbens, une zone du cerveau impliquée fortement dans le traitement de la récompense. 

Ce pic d’activité cérébrale localisée intervient juste 1 à 3 secondes avant que les participants aient appuyé sur le bouton et cette observation est renouvelée à l’identique au cours de toutes les tâches de l’expérience. 
Simultanément à ces pics, les chercheurs constatent une accélération du rythme cardiaque et de la respiration.
– En plus des circuits de récompense du cerveau, les chercheurs constatent que les sentiments spirituels sont associés à l’activation de sites du cortex préfrontal médial, une zone du cerveau impliquée dans l’évaluation, le jugement et le raisonnement moral. D’autres zones associées à la concentration sont également actives.

L’expérience religieuse est peut-être la plus influente sur la prise de décision, « pour le bien et pour le mal », écrivent les auteurs. Comprendre ce qui se passe dans le cerveau au moment de ce processus de ce décision est vraiment essentiel. Il reste néanmoins à dupliquer ces résultats avec des participants d’autres obédiences religieuses ou spirituelles. Cependant, c’est une première démonstration assez claire de ce que la spiritualité peut nous apporter. Ce sont aussi les premières conclusions d’étude du Religious Brain Project, un projet passionnant qui vise à comprendre comment le cerveau opère chez les sujets habités par de profondes croyances spirituelles et religieuses.

Source: Social Neuroscience Nov. 29, 2016 « Reward, Salience, and Attentional Networks are Activated by Religious Experience in Devout Mormons »

Apprendre à profiter des bienfaits de la rêverie. Source de plaisir, elle accroît aussi nos facultés de réflexion et de créativité. En pleine rêverie ou vagabondage de la pensée, notre cerveau n’est pas passif, mais simplement en mode différent. Pascale Senk

Pour vous, cet été, ce sera peut-être au creux d’un hamac accroché entre deux arbres, sous l’effet du bercement et de l’instabilité ; d’autres, après avoir randonné plusieurs heures, sentiront cet élargissement joyeux que procure la mise au repos de l’esprit: pensées fluides, se tissant les unes aux autres pour mener à de nouvelles idées, intuition rafraîchie, remémoration et mises en lien d’événements ou de paroles perçus dans les mois précédents… C’est tout le bien que l’on peut se souhaiter en vacances: une activité psychique libre que le grand Jean-Jacques Rousseau sut nommer et décrire dans ses Rêveries du promeneur solitaire comme une source inégalable du sentiment d’être.
Une étude menée par Mary Helen Immordino-Yang, neurologue et psychologue à l’université de Californie du Sud, a démontré scientifiquement les immenses bienfaits de mettre ainsi l’esprit au repos. Car en réalité, en pleine rêverie ou vagabondage de la pensée, notre cerveau n’est pas passif, mais simplement en mode différent. «Le fait de se promener ainsi à l’intérieur de soi a une incidence sur notre manière d’élaborer nos souvenirs, de trouver du sens et de transposer ces aptitudes à de nouveaux savoirs», affirme la neuroscientifique.


«Échappées belles» mentales



Ces ressources mises à jour par la science n’étonnent en rien les professionnels de la psyché qui, dans les approches notamment d’hypnose ou de psychanalyse, favorisent chez leur patient l’accès à ce précieux état modifié de conscience. «Grâce au dispositif du divan, nous permettons aux divagations mentales, associations libres et autres rêveries de l’analysant d’émerger avant d’être mises en mots, explique la psychanalyste Monique Zerbib, qui signe un passionnant article sur le sujet dans la revue de l’Association de relaxation psychanalytique, Sapir. C’est notamment pour lui permettre de vivre cette expérience que le psychanalyste se tait autant que possible, sans s’enfermer pour autant dans un mutisme forcené.»
Ces «échappées belles» mentales mêlant du familier et de l’étranger, comme dans le rêve, sont la marque de l’enfance et de la croissance intérieure. «C’est la propre rêverie de la mère capable d’accueillir les projections de son bébé et d’être ainsi contenante qui permet peu à peu à celui-ci de penser à son tour et d’acquérir cette précieuse aptitude à être seul , précise Monique Zerbib, en se référant aux travaux du psychanalyste anglo-saxon W. R. Bion. Plus tard, l’enfant pourra ainsi peupler sa nécessaire solitude en jouant et en se racontant les histoires de sa propre imagination.»

Une création personnelle



Liberté et capacité de construction intérieures, mais aussi plus grande connaissance de soi et de sa singularité sont favorisées par la rêverie. Le psychanalyste Carl G. Jung, disciple dissident de Freud, en fit l’expérience sur lui-même. Alors que, plongé dans une grande dépression, il découvrait les pouvoirs de cette plongée dans ses images intérieures, il posa les fondations d’une de ses découvertes essentielles: «l’imagination active», révélatrice de création. «Lorsque l’on fantasme, on entre en contact avec le grand fond de l’imaginaire collectif présent en chacun de nous, explique Carole Sédillot, formatrice d’orientation jungienne en symbolisme et mythologie et auteure d’ABC de la psychologie jungienne (Éd. Grancher). Personnages archétypaux, bribes mythologiques… Mais aussi, à côté de ce grand réservoir cognitif, notre fonction d’imagination individuelle va puiser et produire des images uniques.» Images éparses de paysages, visages et situations connus qui vous appartiennent mais surtout images inconnues qui surgissent… L’imagination «activée» débouche peu à peu sur une création personnelle, qu’elle favorise et aide à développer. «Il s’agit aussi de se demander ce que l’on ressent lorsque émergent ces puzzles si singuliers, ajoute Carole Sédillot. Car alors, des révélations sur soi sont possibles, pas forcément toujours agréables.»

Toutes fructueuses qu’elles soient, ces promenades à l’intérieur de soi sont parfois empêchées. «Si, dans le meilleur des cas, elles sont à la portée de tout un chacun, rappelle Monique Zerbib, nombreux sont ceux, comme les personnalités hypercontrôlées et hyperactives, qui ne savent pas s’autoriser à “lâcher” leurs pensées.» C’est compter sans les contraintes contextuelles qui sont aussi difficiles à déjouer: le stress, le manque de temps, les pressions normatives… Oui, profiter vraiment de ses vacances, ce pourrait bien être, d’abord, se laisser explorer ses plages intérieures.

CORTEX : son secret de jeunesse est dans l’exercice physique, par NeuroImage, octobre 2015

En visualisant ainsi l’activité des différentes zones du cerveau, ces chercheurs japonais montrent, pour la première fois, la relation directe entre l’activité et le fonctionnement du cerveau, et la condition physique chez un groupe d’hommes âgés. Une bonne forme physique permet en effet d’utiliser son cortex de la même façon que dans sa jeunesse.

La condition physique se reflète dans notre santé mentale, et de plus en plus avec le vieillissement, confirme cette étude de neuro-imagerie de l’Université de Tsukuba. En visualisant ainsi l’activité des différentes zones du cerveau, ces chercheurs japonais montrent, pour la première fois, la relation directe entre l’activité et le fonctionnement du cerveau, et la condition physique chez un groupe d’hommes âgés. Une bonne forme physique permet en effet d’utiliser son cortex de la même façon que dans sa jeunesse.

La réduction d’asymétrie hémisphérique avec l’âge : Le Dr Hideaki Soya de l’Université de Tsukuba et ses collègues rappellent que lorsque nous vieillissons, nous mobilisons des zones différentes de notre cerveau que lorsque nous étions plus jeunes. Au niveau du cortex préfontal en particulier, la zone située à l’avant du cerveau, derrière le front impliquée dans les fonctions de direction, mémoire, intelligence, langage et vision.
– A l’âge du jeune adulte, nous utilisons principalement le côté gauche de notre cortex préfrontal pour des tâches mentales impliquant la mémoire à court terme, visuo-spatiale et épisodique. Et, pour les tâches impliquant le stockage et la consolidation de la mémoire, les souvenirs à long terme et le contrôle inhibiteur, ce sera plutôt le côté droit du cortex préfontal.
– A l’âge mûr, nous aurons tendance à utiliser les zones équivalentes mais du côté droit du cerveau pour ces mêmes tâches « de court terme ». Et, pour les tâches de mémoire à long terme, ce sera plutôt et le côté droit et le côté gauche, car les adultes plus âgés ont tendance à mobiliser les deux côtés du cortex.
C’est ce que les chercheurs appellent la réduction d’asymétrie hémisphérique chez les personnes âgées. Cette réorganisation reflète une nécessité de compensation du cerveau liée à sa capacité et son efficacité réduites en raison du déclin structurel et physiologique lié à l’âge.

Capacité aérobie supérieure et fonctionnement cérébral « plus jeune » :

L’étude a évalué la capacité aérobique de 60 participants hommes âgés de 64-75 ans, puis, par tests standards, l’attention sélective, la fonction exécutive et le temps de réaction. Durant ces tests, l’activation des différentes zones du cortex préfrontal était évaluée par neuro-imagerie (fNIRS : Functional Near-Infrared Spectroscopy). Cette technique apporte une mesure de la concentration en oxygène du sang dans les vaisseaux sanguins de surface, représentative de l’activité dans les couches supérieures du cerveau, via un ensemble de capteurs placés sur la tête. L’analyse montre que :

  • comme prévu pour les participants plus âgés, les 2 côtés du cortex préfrontal sont actifs, sans différence entre côté droit et gauche,
  • les hommes qui favorisent néanmoins le côté gauche sont aussi ceux qui présentent des temps de réaction plus rapides. Cela suggère une activation typique d’un cerveau « plus jeune »,
  • enfin, il existe une association significative entre la capacité aérobique et le temps de réaction : les participants en meilleure condition physique présentent un temps de réaction plus rapide. Une capacité aérobie supérieure s’avère associée à un fonctionnement cérébral typique d’un cerveau plus jeune.
  • les participants en meilleure condition physique montrent de meilleures capacités cognitives en mobilisant plus de zones du cerveau si besoin. En fait, ces hommes mobilisent leur cerveau de la même manière que quand ils étaient plus jeunes.

    Explication : les auteurs suggèrent qu’alors que le volume et l’intégrité de la substance blanche dans la partie du cerveau qui relie les deux côtés diminue avec l’âge, la bonne santé physique permettrait de maintenir cette substance blanche. Des résultats qui valent pour les femmes aussi, sous réserve cependant là encore de confirmation…

    Source: NeuroImage 9 October 2015 The association between aerobic fitness and cognitive function in older men mediated by frontal lateralization