L’angoisse est propre à l’homme, par Michel Schittecate 

L’angoisse est propre à l’homme et vient s’ajouter à la peur présente chez tous les êtres vivants. Elle est liée au fait que l’homme crée une re-présentation imaginaire du monde qui s’ajoute à sa perception sensorielle du monde dans « l’ici et maintenant ».

La persistance imaginaire d’un danger passé est responsable de l’angoisse dite « accidentelle », qu’il s’agisse d’un danger ayant menacé directement la vie (traumas dits « ponctuels ») ou d’un danger ayant menacé le lien d’attachement (traumas dits de « développement »). L’angoisse accidentelle résulte de la différence entre l’imagination et la réalité due à une rétention imaginative de la peur.

Mais la re-présentation du monde a aussi créé chez l’homme, face à la conscience de sa finitude, une angoisse dite « existentielle » l’amenant à cette question fondamentale « d’où vient la (ma) VIE ? quelle pourrait en être le sens ? ».

Cette question se heurte aux limites des compétences de la pensée humaine et, pour faire face à l’angoisse existentielle qu’elle entraine, les hommes ont créé de tous temps des visions symboliques (mythes puis religions) ayant pour but de l’apaiser. L’angoisse existentielle devant le mystère de la VIE crée en effet une forme de « saisissement » qui aurait pu devenir, sans le support de ces mythes, un figement « existentiel ».

Le problème est que ces images mythiques ne semblent plus remplir actuellement pour beaucoup d’entre nous, cette fonction apaisante de manière satisfaisante et c’est là que la SE pourrait nous fournir d’autres moyens d’apaisement.

Comment ?

L’angoisse, nous dit Peter Levine, est autant un phénomène organique que psychique et ne pourra pas être comprise et transformée tant que nous ne tiendrons pas compte de l’indissoluble unité du corps et de l’esprit. Les deux « rails » de la SE sont la Physiologie (le corps) et la Mythologie (l’esprit).

Paul DIEL nous dit la même chose d’une autre façon lorsqu’il écrit que « la VIE est un mystère inexplicable dont les deux représentations pour l’homme sont l’esprit et le corps. La VIE – en tout cas comme l’homme peut l’observer – est un corps spiritualisé et/ou un esprit matérialisé. 

Peur et angoisse, poursuit-il, ont une origine commune « l’Inquiétude vitale» qui est une des deux faces d’une pièce mystérieuse et inexplicable, la VIE. L’autre face en est la Joie, dont l’origine est « l’Elan vital ».

L’angoisse est la forme ressentie par l’homme de l’exigence de « rester en vie » (le Dur Désir de Durer de Paul ELUARD), exigence qui se manifeste chez tout être vivant sous la double forme de l’excitabilité (principe d’Inquiétude vitale) et de la réactivité (principe d’Elan vital). Tout ce qui favorise la (sur)VIE entraîne plaisir, joie et apaisement et tout ce qui l’entrave entraîne déplaisir et angoisse. 

C’est donc à travers ce jeu, cette pendulation entre l’angoisse et son effort d’apaisement que l’homme est en contact « sensori-moteur, émotionnel et cognitif » avec le sens de la VIE qui serait de rester en VIE (ce que Paul DIEL appelle le « finalisme inexplicable »).

La SE, avec d’autres thérapies dites humanistes, nous enseigne que n’est qu’en prenant en considération et le corps et l’esprit que nous pouvons rester en contact avec ce finalisme inexplicable de la VIE, finalisme qui est le moteur de la transformation de l’angoisse tant accidentelle qu’existentielle. La SE nous enseigne par ailleurs que ce dynamisme transformateur de l’angoisse ne peut agir qu’en dessous du seuil de figement.

Si nous ne prenons en considération qu’une des faces de la pièce (corps ou esprit), d’une part nous perdons ce moteur essentiel de transformation et d’autre part nous prenons le risque de nous égarer dans des voies purement matérialistes ou purement spirituelles dont on ne peut que constater les dérives.

Michel Schittecatte, Newsletter Cefort, Janvier 2022 Droits d’auteur © 2015-2022 Cefort, Tous droits réservés

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