Cerveau social

Aider les autres est un fondement de notre société. Alors que nous pensons, de manière intuitive que nous aidons les autres parce que nous partageons leur douleur avec empathie, les neurosciences nous apprennent que lorsque nous voyons quelqu’un souffrir, notre cerveau active, en effet, les régions tactiles et émotionnelles comme si nous étions nous-mêmes en train de souffrir.

Cette étude de l’Institut néerlandais pour les neurosciences confirme que l’altération de l’activité dans ces zones sensorielles du cerveau peut modifier notre volonté d’entraide. Des travaux présentés dans la revue eLife qui éclairent notre nature humaine sociale et apporte des indices pour mieux rendre en charge certains types de psychoses caractérisés par une absence totale d’empathie.

Les chercheurs du Social Brain Lab offrent ici aux participants de leur étude l’opportunité de réduire la douleur d’une victime, en donnant de l’argent qu’ils auraient pu rapporter à la maison. Durant cette prise de décision leur activité cérébrale est mesurée par électroencéphalographie. Les chercheurs observent alors que l’activité dans les zones « tactiles » du cortex augmentent lorsque les participants choisissent de donner pour venir en aide à la victime, et de manière dose-dépendante selon l’importance du don. Dans un second temps, lorsque les chercheurs modulent l’activité cérébrale des participants par neuromodulation et interfèrent avec l’activité des zones corticales concernées,

– les participants deviennent moins capables de percevoir la douleur de l’autre,
– ils n’adaptent plus leurs dons de façon appropriée aux besoins la victime.

Un lien neural entre l’empathie pour la douleur de l’autre et le comportement prosocial : les résultats suggèrent que les zones tactiles du cortex, c’est-à-dire vouées à percevoir le toucher et la douleur ont une fonction sociale importante. Ils contribuent à la prise de décision prosociale en aidant à transformer la vision de lésions corporelles en une perception précise de la souffrance de l’autre. Ce qui nous permet d’adapter notre aide au besoin de l’autre. Le constat de ce lien entre l’empathie pour la douleur et le comportement prosocial au niveau neural est crucial pour comprendre notre nature humaine sociale.

Cette compréhension peut également contribuer à développer de nouvelles approches pharmacologiques ciblées pour traiter les pathologies dans lesquelles ces mécanismes d’empathie sont défectueux.

Source: eLife May 2018