bettina masson – psychothérapie corporelle

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«L’empathie est bien plus complexe que ne le laisse entendre une culture «bisounours» véhiculée dans des médias qui la confondent avec l’altruisme», confie Serge Tisseron

Interview – Le Dr Serge Tisseron est psychiatre et psychanalyste. Il vient de publier «Empathie et manipulations, les pièges de la compassion» (Éd. Albin Michel).

– Voilà près d’une dizaine d’années que vous explorez ce concept d’empathie. Comment évolue-t-il?

Serge TISSERON. – Je constate qu’il devient le nouveau «gri-gri» psychologique qu’on met à toutes les sauces pour prétendre expliquer et résoudre nombre de problèmes. On a eu la même chose il y a quelques années avec la «résilience» et le «harcèlement moral». Au bout d’un moment, tout le monde a ce terme à la bouche, mais avec une définition très imprécise, qui empêche de comprendre les situations auxquelles on l’applique.

Quelles idées fausses sont véhiculées sur l’empathie?

D’abord, qu’elle consisterait à «se mettre à la place de l’autre». Mais est-ce souhaitable? Non, car si je me mets à pleurer et à souffrir en même temps que la victime, je ne l’aiderai pas. Une empathie seulement émotionnelle est un handicap. Et d’ailleurs, est-ce possible? Si une femme qui a été violée vient me consulter, puis-je me «mettre à sa place»? Non, bien sûr, l’empathie nécessite de construire une représentation mentale nourrie d’imaginaire, de connaissances, de vécu personnel, bref, de multiples dimensions. Mais cette capacité de comprendre la vie intérieure de l’autre peut devenir un moyen de le manipuler comme on le voit avec les enrôleurs de Daech. Leur empathie cognitive leur permet de repérer les jeunes fragiles en errance psychologique et de les embarquer avec eux. Enfin, on relie souvent l’empathie aux neurones miroirs. Or ceux-ci déclenchent surtout une imitation motrice – quelqu’un baille et cela me donne envie – et quelques comportements rudimentaires. L’empathie complète fait intervenir de multiples zones cérébrales. Ainsi, cette notion est bien plus complexe que ne le laisse entendre une culture «bisounours» véhiculée dans des médias qui la confondent avec l’altruisme, voire avec un amour universel à sens unique, tout dirigé vers l’autre.

«Nous possédons une aptitude naturelle à l’empathie,
mais elle a besoin d’être encouragée par l’environnement social, culturel, familial pour devenir complète»

Dans cette complexité, vous évoquez même des conflits d’empathie… Quels sont-ils?

Oui, dans certaines situations, il est très difficile d’en faire bénéficier tout le monde. Il faut choisir. Ainsi, dans une classe de trente élèves, si 50 % sont en difficulté et 50 % très à l’aise, un enseignant très empathique aura à cœur d’aider plutôt ses élèves à la traîne. Mais peu à peu, il cessera de se soucier de ceux qui réussissent sans lui… Nous avons toujours intérêt à observer à qui profite vraiment notre empathie.

Mais sommes-nous tous nés avec une capacité empathique?

Oui, nous possédons une aptitude naturelle à l’empathie, mais elle a besoin d’être encouragée par l’environnement social, culturel, familial pour devenir complète et s’élargir au-delà du cercle des proches. Cet encouragement n’est pas le même à tous les âges. De la naissance à 3 ans, l’enfant a besoin d’interagir avec des humains pour apprendre à identifier les émotions d’autrui et construire le visage de ses interlocuteurs en repère de partage affectif. Entre 4 et 8 ans, il a besoin d’être accompagné pour comprendre que l’autre a dans sa tête des choses très différentes de lui. Et entre 8 et 12 ans, il doit être éduqué à reconnaître la multiplicité des points de vue possibles. Cela ouvre la voie à la réciprocité. Mais beaucoup s’arrêtent en chemin.

Vous signalez justement l’importance de cultiver l’empathie pour l’autre, mais aussi pour soi, dès le plus jeune âge. Pourquoi?

Oui, dès la fin de la maternelle, il est essentiel d’apprendre aux enfants à identifier les émotions d’autrui, mais aussi les leurs, grâce à l’auto-empathie. C’est nécessaire pour éviter que certains d’entre eux deviennent maltraitants parce qu’ils interprètent mal les mimiques de leurs camarades, et que d’autres se laissent maltraiter sans le comprendre. L’auto-empathie fait grandir l’estime de soi.

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Auteur : bettinamasson

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