Dépression : une nouvelle théorie unifiée proposée par le psychiatre Aaron Beck

Le psychiatre américain Aaron T. Beck, un pionnier important de lapsychologie cognitive et de la psychothérapie cognitivo-
comportementale,  « a révolutionné l’étude scientifique de la dépression
et ses recherches ultérieures ont élucidé des mécanismes biologiques qui
sous-tendent certaines caractéristiques cognitives de la maladie ».

L’article, intitulé « Un modèle unifié de la dépression : Intégration des
perspectives clinique, cognitive, biologique et évolutionniste » (1), est
publié dans la revue Clinical Psychological Science.

Le modèle est fondé sur la prémisse que la dépression représente une
adaptation à la perte perçue de ressources vitales qui donnent accès aux
moyens de répondre aux besoins essentiels de la vie (perte d’un membre
de la famille, d’un partenaire romantique, d’un groupe d’appartenance,
d’un emploi, de la santé…)

Pour les personnes qui sont plus à risque de dépression sévère en raison
de facteurs génétiques ou environnementaux spécifiques, cette perte est
plus susceptible d’être considérée comme dévastatrice et insurmontable.

Une réactivité accrue au stress et/ou des distorsions cognitives
enracinées amènent ces personnes à risque à épouser des croyances
négatives sur soi, le monde et l’avenir – une combinaison que Beck a appelée la « triade cognitive négative ». Ces tendances sont médiées par des altérations dans des zones ou des circuits du cerveau impliqués dans la régulation de la cognition et des
émotions.

Quand ces croyances sont activées (par exemple, par des événements
stressants de la vie), elles déclenchent des émotions comme la tristesse,
l’anhédonie, et la culpabilité, ainsi que des réponses comportementales et
physiologiques, comme le retrait, l’inactivité et la perte d’appétit.

Au fil du temps, ce « programme » renforce les croyances négatives qui
mettent les gens à risque de dépression en premier lieu. Il peut être arrêté
lorsque les ressources vitales sont restaurées, soit parce que de nouvelles
informations « corrigent » les biais négatifs ou parce que la situation se
modifie.

Des facteurs externes tels que le soutien des amis et de la famille, les
conseils d’un psychothérapeute et un traitement biologique (par exemple,
des médicaments) peuvent aider à arrêter le cycle de la dépression.

« Notre modèle suggère que toute intervention qui cible des facteurs
clés, prédisposants, précipitants ou de résilience, peut réduire le risque ou
atténuer les symptômes », expliquent Beck et Bredemeier.

La fonction primordiale de ce « programme de dépression », selon la
perspective évolutionniste des chercheurs, est de promouvoir la conservation de l’énergie face à la perte perçue de ressources. Il était probablement adaptatif au cours de l’évolution, mais devient inadapté à l’époque contemporaine.

(1) « A Unified Model of Depression: Integrating Clinical, Cognitive,
Biological, and Evolutionary Perspectives »