bettina masson – psychothérapie corporelle

psychothérapie psychocorporelle


« Marcel Rufo : «Un acte d’autorité est aussi un acte d’amour». Interview de Marcel Rufo, pédopsychiatre/directeur médical de l’espace méditerranéen de l’adolescence à l’hôpital Salvator à Marseille. »

Pourquoi est-ce si difficile d’être parent aujourd’hui ?

Avant, on était parent comme on l’était depuis des siècles. Aujourd’hui, on veut comprendre nos enfants en adoptant une sorte de démocratie familiale. Mais, même si cela semble paradoxal, je dirais que les parents ont fait des progrès. Sauf que beaucoup sont encore en faillite de «oui» et de «non». Ils n’ont pas encore compris que quand on dit à un enfant «ça suffit, mais tu sais que je t’aime», le petit n’entend que la dernière partie de la réponse.

Est-ce la question de la sévérité qui est posée ?
Plus que la sévérité, c’est la question de l’autorité qui se pose. On le voit à tous les étages de la vie. Avec les nouveaux pères qui sont exceptionnels et que l’on doit applaudir des deux mains pour leurs capacités relationnelles. Sauf quand leur part masculine est mise sous l’éteignoir au profit de cette part féminine qu’ils assument grâce et depuis le féminisme. Pourtant, face à un enfant, père et mère doivent garder leur originalité.
La question de l’autorité se pose aussi au niveau de l’école. Si un enseignant est sévère avec un enfant, les parents ont envie de protester tout en exigeant que l’enseignant soit absolument parfait dans son enseignement. La nouvelle parentalité donne à l’école trop de responsabilité comme si elle était en mesure de résoudre toutes les carences familiales. Du temps des hussards noirs de la République (au début du XXe siècle, N.D.L.R.), il y avait délégation d’autorité à l’école. Maintenant, les parents sont suspicieux.
Quelle définition de l’autorité donneriez-vous ?
C’est assez simple. C’est savoir dire non pour que l’enfant comprenne qu’un jour il pourra dire oui. Un acte d’autorité est aussi un acte d’amour, une porte ouverte dans le futur sur une grande liberté. Si on dit toujours oui à un enfant, il ne comprendra jamais qu’il faut se soumettre parfois à la directive, au désir et à l’ordre de l’autre. En pédopsychiatrie, il y a un moment très important qui a été bien décrit par René Spitz. Il est normal dans l’évolution qu’un enfant s’oppose. À 15-18 mois, il entre déjà dans ce stade du non. Que faut-il faire ? Le laisser à ce stade infantile ou lui faire comprendre qu’il ne dirige pas le monde ? En consultation, je vois des tas de tyrans domestiques de 2-3 ans. Des gosses qui maîtrisent leur famille, ils ne veulent pas s’habiller, pas manger, pas se coucher… ça n’existait pas avant. En conséquence, ça prépare des adolescents pénibles. Je crois que quand les parents demandent plus de sévérité, ils se trompent. Il faut comprendre que la frustration fait partie de l’éducation.
Les grands-parents ont-ils un rôle à jouer ?
Ils sont parfois une ressource de cette autorité bienveillante qui les a conduits à élever leurs enfants. C’est une autorité facile qui dit,» chez moi, tu ne joues pas à ta tablette, tu dis bonjour à ta grand-mère quand tu rentres, tu te laves les mains avant de manger, tu parles avec ton grand-père de la greffe des citronniers, tu vas avec lui au match de rugby, etc.» Surtout, les grands-parents sont l’arbre de vie. Et c’est d’autant plus intéressant qu’ils sont à temps partiel. Ils portent le passé vers un avenir pour qu’il reste vivant. C’est déjà énorme.
Trois quarts des Français rejettent la réforme des rythmes scolaires. Que leur répondez-vous ?
Pour les 15 % d’enfants qui arrivent au collège sans savoir lire ni écrire, c’est une réforme essentielle. La chronobiologie a bien montré qu’un enfant a besoin de proximité dans les apprentissages et non pas de rupture. Pour les gosses qui vont bien et dont les parents ont les moyens de les envoyer faire du théâtre, de la danse ou autre chose, ils sont libres de ne pas utiliser les moyens mis en place par l’État ou les mairies. Mais ceux qui n’ont pas les moyens, c’est quand même bien qu’ils aient une petite chance de pratiquer la culture, le sport, etc. Pour les 85 % restant, on peut aussi se poser la question d’une autre manière. Est-ce que les enfants qui vont bien n’ont pas aussi mission de s’intéresser très tôt aux plus fragiles pour que l’on soit une nation.
Cette enquête montre l’exigence des parents sur l’utilisation des écrans. Qu’en pensez-vous ?
À l’âge de 4 ans un enfant est déjà performant sur une tablette et bientôt il n’y aura plus que des tablettes à l’école, les universités seront en ligne. Pour les enfants malades, les dyslexiques, les retardataires, c’est génial. Les plus fragiles auront effectivement plus de risques de camper sur le virtuel parce qu’ils sont inhibés. Mais c’est plus un appel au secours qu’une maladie. Quant à la télévision, elle est à la fois incontrôlable et un outil de connaissance. Comme le sera la toile, très vite. Concernant les réseaux sociaux, il y a bien sûr les prédateurs qui guettent et c’est là où les parents doivent être pédagogues. Pas de blague, pas de confidentialité, s’il le faut. Sans oublier qu’éduquer, c’est toujours accompagner en respectant l’intimité de l’autre.

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